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LES DISPOSITIFS DE LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES : LES INSECTICIDES

Article écrit par Constance, le 22 décembre 2021

La protection contre les piqures de moustiques est devenue indispensable, ces derniers temps, notamment avec la progression fulgurante du moustique tigre en France. Une méthode efficace de lutte contre les moustiques est l’utilisation d’insecticides. Un insecticide, contrairement à un répulsif qui éloigne, est un produit toxique destiné à tuer les moustiques.

Les insecticides sont des molécules chimiques à l’exception de la Bti, ou Bacillus thuringiensis Israelensis, qui est un insecticide biologique microbien. Les insecticides chimiques sont très majoritairement d’origine synthétique, c’est-à-dire préparés en laboratoire, mais quelques insecticides d’origine botanique, soient naturels, existent également (voir tableau).1

Liste des différents insecticides

A COMPLETER

Ces nombreuses molécules permettent de cibler les moustiques quelque soient leur stade de développement et leur milieu de vie : les moustiques adultes en vol aérien, les moustiques au repos en milieu terrestre, ainsi que les larves en milieu aquatique.2

De plus, ces insecticides sont ou ont été* utilisés de diverses façons aussi bien en intérieur qu’en extérieur par des particuliers ou des agences gouvernementales de santé :

* Seules les molécules pyréthrinoïdes sont autorisées en tant que biocide en Europe.

En intérieur, les molécules insecticides sont diffusées dans l’air sous forme de gouttelettes à l’aide de sprays ou de diffuseurs pour une action longue durée. Dans les zones tropicales, des moustiquaires de lit sont fréquemment utilisées et sont systématiquement imprégnées d’insecticide.

En extérieur, les molécules insecticides sont vaporisées sous forme de microgouttelettes qui restent dans l’air ou sous forme de gouttes plus lourdes qui tombent sur le sol ou des surfaces végétales cibles. Certaines de ces molécules sont également utilisables sous forme de poudre ou de granulés afin d’être dispersées dans les milieux aquatiques.

L’efficacité de ces nombreuses molécules a fait ses preuves. Il est important de rappeler qu’en 1977 un enfant mourait du Paludisme toutes les 10 secondes dans le monde. Et les insecticides auraient permis d’éviter près de 500 millions de contaminations au Paludisme entre les années 2000 et 2015.3 L’utilisation massive de ces insecticides a ainsi permis de limiter la transmission des maladies vectorisées par les moustiques jusqu’à présent.

Mais l'utilisation des insecticides chimiques est-elle vraiment sans danger pour la santé humaine et l'environnement ?

L’utilisation des insecticides chimiques est aujourd’hui largement déconseillée voire même interdite pour la plupart d’entre eux.¹,⁴

En effet, les molécules insecticides sont neurotoxiques et conduisent à la mort des moustiques. Et elles ne sont malheureusement pas spécifiques des moustiques et sont également hautement toxiques pour d’autres animaux et n’épargnent pas l’être humain. Bien que le niveau de toxicité varie en fonction du type de molécules, chimiques ou botaniques, elles sont généralement très toxiques pour les insectes, notamment les abeilles, et/ou la vie aquatique, et peuvent présenter une toxicité aigue ou sur le long terme pour l’homme.1,5

Aujourd’hui, seuls les pyrèthrinoïdes sont autorisés à être commercialisés et utilisés (diffuseur, spirale, spray et véhicule vaporisateur) en tant que biocide par les particuliers et professionnels en Europe, car considérés comme moins dangereux. Même dans des zones tropicales sensibles, comme aux Antilles, et face à une épidémie potentielle de fièvre jaune, l’Anses ne recommande pas l’utilisation des autres molécules insecticides.6

Cependant, les pyrèthrinoïdes présentent une toxicité modérée pour le système nerveux, sont des sensibilisateurs allergènes et certains sont classés potentiellement ou possibles cancérigènes pour l’homme. Ils sont aussi hautement toxiques pour les pollinisateurs et les invertébrés aquatiques.

Une nouvelle génération d’insecticides, les IGR (Insect Growth Regulators), a vu le jour dans les années 2010. Ils agissent différemment des autres molécules insecticides chimiques en limitant la croissance des moustiques.3 Ils présentent ainsi une toxicité aigue moins forte pour les êtres humains, mais sont très toxiques pour les invertébrés aquatiques. Un produit de dégradation d’un IGR a également été classé comme cancérigène probable pour l’homme.1

En plus de présenter un réel danger pour l'Homme et l'Environnement, les insecticides chimiques sont de moins en moins efficaces.

Dû à leur cycle de développement particulier, une vie courte, une reproduction rapide et une progéniture abondante, les moustiques se sont très rapidement adaptés aux molécules insecticides chimiques et y sont devenus insensibles. Par exemple, au bout d’une seule année d’utilisation du DichloroDiphénylTrichloroéthane ou DDT, un insecticide organochloré aujourd’hui interdit, les premiers cas de résistance sont apparus en 1947. Aujourd’hui plus d’une centaine d’espèces de moustiques y sont résistantes.7

La résistance des moustiques ne s’arrête pas au DDT, elle a suivi les changements d’insecticides. Dans les années 2000, les cas de paludisme sont repartis à la hausse en Afrique. Une cause probable pourrait être la résistance des moustiques aux pyrèthrinoïdes.3

De nombreuses souches de moustiques surexposées présentent des résistances multiples à différentes classes d’insecticides. C’est le cas d’Aedes aegypti, un cousin du moustique tigre, qui est insensible aux organophosphates, carbamates et pyrèthrinoïdes.7

Aujourd’hui, la résistance des moustiques aux insecticides est considérée comme une véritable « bombe à retardement » par les chercheurs du domaine.³

Enfin, les nouvelles souches de moustiques insensibles à certains insecticides semblent même adopter un comportement différent et peu prévisible face aux répulsifs.8 En fonction du type de mutations leur permettant de résister aux insecticides, ces nouveaux moustiques sont insensibles ou au contraire plus sensibles aux répulsifs actuellement sur le marché. Il devient donc urgent de limiter l’utilisation des insecticides chimiques et de favoriser des alternatives comme les répulsifs naturels.

Références : 

[1] Mosquito Control, Pesticide Research Institute, 2013.

[2] C. A. Stoops, W. A. Qualls, T.-V. T. Nguyen and S. L. Richards, Environ Health Insights, 2019, 13, 1178630219859004.

[3] After 40 years, the most important weapon against mosquitoes may be failing | Science, 2016.

[4] La lutte anti-vectorielle, des stratégies multiples contre les vecteurs | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, 2021.

[5] G. Benelli, Parasitol Res, 2015, 114, 2801–2805.

[7] J. Hemingway and H. Ranson, Annu Rev Entomol, 2000, 45, 371–391.

[8] E. Deletre, T. Martin, C. Duménil and F. Chandre, Parasites Vectors, 2019, 12, 89.

[9] Anses, AVIS de l’Anses relatif à l’évaluation d’insecticides anti-moustiques adulticides dont l’utilisation pourrait être autorisée par voie dérogatoire pour faire face à une éventuelle épidémie de fièvre jaune dans les territoires ultra-marins | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, 2017.