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  • Les effets du DEET sur la santé et sur l'environnement

    SCIENCES

    LES EFFETS DU DEET SUR LA SANTÉ ET L'ENVIRONNEMENT

    Le N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide ou DEET est le principe actif des répulsifs anti-moustiques les plus utilisés dans le monde. Il s’agit d’une molécule synthétique, c’est-à-dire non naturelle et préparée par voie chimique.

    Le DEET a longtemps été considéré comme la référence des répulsifs anti-moustiques. Historiquement il a été développé par l’armée américaine et a notamment été utilisé pendant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, son efficacité reste encore difficilement battable : une solution de 20% de DEET procure une protection d’environ 8h contre Aedes albopictus, le moustique tigre.1

    Cependant, ses effets secondaires sur la santé humaine et l’environnement sont souvent évoqués et font encore débat au sein de la communauté scientifique. En effet, bien qu’utilisé depuis plus de 50 ans, le mode d’action moléculaire du DEET n’a pas encore été complètement élucidé. Le DEET perturbe les systèmes olfactif et gustatif des moustiques, en les repoussant et/ou en masquant les molécules attractives de l’hôte.2 Cependant, le DEET agît également sur le système nerveux des moustiques et empêche le fonctionnement habituel de leurs neurones. Quelques confusions persistent aujourd’hui sur le type de cibles du DEET dans le système nerveux des moustiques, mais il est clair qu’il peut présenter un réel effet neurotoxique pour les moustiques.[*] Le DEET affecte notamment le système locomoteur du moustique et quelques microgrammes peuvent même conduire à sa mort en 24h.7

    [*] Il semble aujourd’hui que l’acétylcholinesterase ne fasse pas partie des cibles privilégiées du DEET 3,4 mais il ciblerait plutôt les récepteurs octopaminergiques et les récepteurs muscariniques M1/M3 mAchR.5,6

    Quelle est l'action du DEET sur les moustiques par rapport aux autres animaux et notamment les êtres humains ? 

    Les scientifiques s’accordent tous sur un même point : le DEET est une molécule irritante pour la peau et les muqueuses, et une seule application peut suffire à provoquer une réaction allergique.7,8 En effet, cette molécule est capable de dégrader des fibres plastiques et synthétiques.9

    En revanche, face à l’absence de preuves directes de toxicité du DEET chez l’homme, des désaccords persistent. Bien qu’une vingtaine de cas d’encéphalopathie aient été reportées par des médecins chez de jeunes enfants après application cutanée de répulsifs à base de DEET,10 certains chercheurs supposent qu’il ne s’agirait que d’une coïncidence.8,11 En 2001, une étude clinique sommaire sur des femmes enceintes en Thaïlande, dont la moitié a appliqué quotidiennement un répulsif à base de DEET, n’a pas montré de différence de croissance entre les nouveaux nés, et jusqu’à leur un an.12 Cependant, aucune donnée sur le développement cognitif des enfants n’a été réalisée, d’autant que plusieurs études ont montré que le DEET a été retrouvé dans le placenta des mères.8 De plus, une absence d’étude clinique sur le long-terme ne permet pas de conclure quant à la sureté de cette molécule.

    Des études plus récentes au niveau cellulaire ont montré que le DEET pouvait agir sur de nombreuses cibles dans le système nerveux central et périphérique des mammifères et n’épargnerait donc pas l’homme.7 Le DEET aurait également un effet pro-angiogénique, c’est-à-dire qu’il stimulerait la prolifération, la migration et l’adhésion de cellules endothéliales impliquées dans la croissance de tumeurs.6

    En plus de présenter des signes inquiétants de toxicité pour l’homme, les répulsifs à base de DEET ont un impact négatif sur l’environnement. En effet, le DEET étant une molécule non-naturelle, et sa préparation nécessite donc de le synthétiser par voie chimique. Cependant, cette préparation chimique repose sur l’utilisation de réactifs dangereux et générant de nombreux déchets polluants.

    De plus, plusieurs souches de moustiques utilisés lors de tests de répulsifs en laboratoire ont montré une certaine résistance au DEET. Cette résistance peut être due à un phénomène d’apprentissage du moustique face au DEET. Près de la moitié des moustiques femelles de l’espèce Aedes aegypti, cousin du moustique tigre, déjà exposés une première fois au DEET, y deviennent moins sensibles.13 Cette résistance peut également avoir une origine génétique et conduire à une insensibilité totale. Ce type de résistance génétique peut alors se transmettre à la descendance du moustique et se propager sélectivement au sein de la population.14 Ce phénomène n’a pas encore été observé dans la nature, mais l’ANSES préconise d’ors et déjà une utilisation raisonnée du DEET afin d’éviter l’apparition spontanée de nouvelles souches résistantes au DEET.

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] E. Lupi, C. Hatz and P. Schlagenhauf, Travel Medicine and Infectious Disease, 2013, 11, 374–411. (aucune publication plus récente n’a été trouvé sur l’efficacité du DEET)

    [2] B. Shrestha and Y. Lee, Genes Genomics, 2020, 42, 1131–1144.

    [3] V. Corbel, M. Stankiewicz, C. Pennetier, D. Fournier, J. Stojan, E. Girard, M. Dimitrov, J. Molgó, J.-M. Hougard and B. Lapied, BMC Biol, 2009, 7, 47.

    [4] D. R. Swale, B. Sun, F. Tong and J. R. Bloomquist, PLoS One, 2014, 9, e103713.

    [5] A. Abd-Ella, M. Stankiewicz, K. Mikulska, W. Nowak, C. Pennetier, M. Goulu, C. Fruchart-Gaillard, P. Licznar, V. Apaire-Marchais, O. List, V. Corbel, D. Servent and B. Lapied, PLoS ONE, 2015, 10, e0126406.

    [6] S. Legeay, N. Clere, G. Hilairet, Q.-T. Do, P. Bernard, J.-F. Quignard, V. Apaire-Marchais, B. Lapied and S. Faure, Sci Rep, 2016, 6, 28546.

    [7] S. Legeay, N. Clere, V. Apaire-Marchais, S. Faure and B. Lapied, European Journal of Pharmacology, 2018, 825, 92–98.

    [8] V. Chen-Hussey, R. Behrens and J. G. Logan, Parasites & Vectors, 2014, 7, 173.

    [9] J. H. Diaz, Wilderness Environ Med, 2016, 27, 153–163.

    [10] G. Briassoulis, M. Narlioglou and T. Hatzis, Hum Exp Toxicol, 2001, 20, 8–14.

    [11] G. Koren, D. Matsui and B. Bailey, CMAJ, 2003, 169, 209–212.

    [12] R. McGready, K. A. Hamilton, J. A. Simpson, T. Cho, C. Luxemburger, R. Edwards, S. Looareesuwan, N. J. White, F. Nosten and S. W. Lindsay, Am J Trop Med Hyg, 2001, 65, 285–289.

    [13] N. M. Stanczyk, J. F. Y. Brookfield, L. M. Field and J. G. Logan, PLOS ONE, 2013, 8, e54438.

    [14] N. M. Stanczyk, J. F. Y. Brookfield, R. Ignell, J. G. Logan and L. M. Field, PNAS, 2010, 107, 8575–8580.

  • Crusoé, un allié pour se protéger du moustique tigre

    SCIENCES

    CRUSOÉ, UN ALLIÉ POUR SE PROTÉGER DU MOUSTIQUE-TIGRE

    C'est quoi le moustique tigre ?

    Aedes albopictus de son nom scientifique, est une espèce de moustique originaire d’Asie du Sud-Est. Il a été détecté en France pour la première fois en 2004 et a aujourd’hui colonisé les deux tiers du pays. Particulièrement invasif et dangereux car vecteur de plusieurs maladies redoutables, sa prolifération devient de plus en plus inquiétante. Ces dernières semaines, une pétition a même été lancée à Limoux pour lutter contre son invasion car “ les activités quotidiennes deviennent pénibles, voire impossibles, raconte une habitante au journal LaDepeche.fr

    Notre spray Crusoé a été développé pour répondre à un enjeu de santé publique : se protéger du moustique-tigre !

    En plein apéritif avec les copains ou au restaurant, on ne pense pas forcément à regarder à quoi ressemble le moustique qui vient de nous piquer sur les jambes ! En comparaison avec le Culex pipiens, le moustique que nous connaissons traditionnellement en France et qui lui est brun aux ailes transparentes, le moustique-tigre est reconnaissable par ses rayures noires et blanches sur l’abdomen et les pattes, ainsi que ses ailes noires. Il est également plus petit en taille (entre 0.5 et 2 mm), plus lent et silencieux en vol.

    Particulièrement féroce, la femelle moustique-tigre attaque à n’importe quel moment de la journée et nous laisse instantanément sur la peau des démangeaisons et une rougeur avec une petite cloque en son centre. Si toutefois vous apercevez un moustique-tigre dans votre région, n’hésitez pas à le signaler sur le portail web dédié.

    Le moustique-tigre est vecteur de plusieurs maladies graves d’origine tropicales en France métropolitaine, et il est important de reconnaître les symptômes que peut provoquer leurs piqûres :

    • Zika

    Après avoir été contaminée par le virus Zika, la maladie apparaît généralement dans les 3 à 12 jours qui suivent, provoquant de la fièvre, des maux de têtes, de la fatigue, des éruptions cutanées ainsi que des douleurs dans les muscles et les articulations.

    • Chikungunya

    Entre 2 et 10 jours après avoir été contaminé, la maladie entraîne de fortes douleurs dans les articulations (doigts, poignets, pieds, chevilles et parfois les genoux et les hanches) ainsi que des maux de têtes, de la fièvre, des éruptions cutanées et parfois même une conjonctivite et des saignements de nez.

    • Dengue

    Cette maladie est, dans la majorité des cas, asymptomatique. Lorsque ce n’est pas le cas, elle se manifeste alors par une fièvre brutale, une éruption cutanée et de violentes courbatures.

    Mais on vous rassure, la plupart des piqûres provoquent uniquement des démangeaisons ... pour le moment ! 

    Car en effet, le moustique-tigre évolue en France depuis 2004 de manière préoccupante. Il est aujourd’hui officiellement présent dans 64 des 95 départements du pays et a particulièrement proliféré cet été en France en raison de la chaleur et de l’humidité, faisant même son apparition pour la première fois en Bretagne. Il semble très bien s’adapter à son environnement et résister à de nombreux insecticides, faisant de lui une espèce particulièrement dangereuse et vorace.

    Voici quelques astuces efficaces pour se protéger contre les piqûres : 

    • Porter des vêtements amples, épais et de couleur claire

    En effet, le moustique est davantage attiré par les couleurs sombres et brillantes, et il ne peut pas piquer à travers une couche épaisse de vêtements.

    • Utiliser une moustiquaire

    Pour se protéger des piqûres durant la nuit, rien de tel qu’une bonne moustiquaire, idéalement vaporisée par un spray anti-moustique.

    • Utiliser un ventilateur

    Placé à l’entrée d’une pièce ou près d’une fenêtre, le ventilateur contribue à empêcher le moustique de pénétrer et de se déplacer correctement. De plus, il répand les odeurs dans une pièce, trompant ainsi le moustique qui sera plus difficilement attiré par votre odeur corporelle.

    • Installer une borne anti-moustique

    Qista est une borne anti-moustiques écologique d’extérieur, simple d’utilisation et connectée, qui protège des moustiques tout en participant à la préservation de l’environnement. Pour en savoir plus, c’est par ici !

    • Utiliser notre spray anti-moustiques

    Crusoé Fabriqué en France, certifié bio et sans DEET, notre spray Crusoé est efficace sur les espèces de moustiques présentes en zones tempérées ET tropicales dont le moustique tigre.

    Pour aller plus loin :

    Pour en savoir plus sur le moustique-tigre et notamment les différentes méthodes imaginées par les experts pour limiter sa prolifération, à lire dès maintenant > l’article de Loïc Chauveau publié en août 2021: “A l’Assaut du moustique-tigre”, Sciences et Avenir.

    Découvrez également ci-dessous le reportage réalisé par Florie MARTIN pour Investigations et Enquêtes en mai 2021 : “Moustiques tigres : l’invasion”.

    https://www.youtube.com/watch?v=Rr1x8U8l-v0

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

  • La progression des moustiques en France métropolitaine

    SCIENCES

    LA PROGRESSION DU MOUSTIQUE TIGRE EN FRANCE MÉTROPOLITAINE

    De nombreux moustiques, une soixantaine d’espèces différentes, ont toujours été présents en France métropolitaine. Cependant, l’essor de la mondialisation et des échanges internationaux a entrainé l’introduction incontrôlée de nouvelles espèces de moustiques non-européens. Principalement importés par le transport de pneus, quatre espèces* de moustiques du genre Aedes ont été identifiées sur le sol français, dont le célèbre Aedes albopictus, communément appelé « moustique tigre ». Seul ce dernier n’a pas été éradiqué et a survécu en s’adaptant aux conditions climatiques européennes et à nos modes de vie urbains.1

    *Aedes albopictus, Aedes atropalpus, Aedes japonicus et Aedes triseriatus.

    En effet, le moustique tigre, originaire d’Asie du Sud-Est, est acclimaté aux régions tropicales. Cependant, depuis sa première apparition en France métropolitaine, dans les Alpes Maritimes en 2004, il n’a cessé d’étendre son implantation (Figure 1) et a colonisé 64 départements du territoire métropolitain en 2021 (Figure 2).2

    La situation française n’est que le reflet du même phénomène mondial, puisqu’en une vingtaine d’années, le moustique tigre est présent sur tous les continents, hormis l’Antarctique. La mondialisation de sa présence lui vaut d’être classé comme une des espèces les plus invasives du monde !

    FIGURE 1 : Extension du moustique tigre en France métropolitaine depuis son apparition en 2004.

    FIGURE 2 : Carte des départements français présentant le moustique tigre au 1er janvier 2021.2

    Outre l’irritation cutanée provoquée par la piqûre, les moustiques femelles sont capables de transmettre plus d’une trentaine de virus, bactéries et parasites. Ce sont de véritables vecteurs de maladies, dont les plus connues sont le chikungunya*, la dengue*, la fièvre jaune*, la maladie à virus Zika*, le paludisme, et le virus du Nil occidental.

    Face à la menace de santé publique et aux précédentes épidémies3 de chikungunya et de dengue, à La Réunion et plus récemment en France métropolitaine, une commission de lutte contre la propagation du moustique tigre en France a été nommée à l’Assemblée Nationale. Cette commission a d’ailleurs classé comme « risque sanitaire majeur » la propagation de ce moustique pour les prochaines décennies.

    *Ces quatre maladies peuvent être transmises par les virus de genre Aedes, notamment le moustique tigre.

    Par exemple, en France métropolitaine en 2019, le Ministère de la solidarité et de la santé a reporté 674 cas de dengue importés et 9 cas autochtones, 57 cas de chikungunya importés et 12 cas autochtones, 6 cas de maladies à virus Zika importés et 3 cas autochtones.

    Le moustique tigre et son « cousin » du même genre, Aedes aegypti, qui se déplacent à une vitesse de 150 km par an en Europe, menaceront près de la moitié de la population mondiale en 2050.5En causes sont la mondialisation des échanges de biens et de personnes, qui ont permis une dissémination mondiale, mais également la forte capacité d’adaptation de certaines espèces de moustiques !6 En effet, les œufs des moustiques tigres, à présent considérés comme européens, résistent à des températures négatives (entre -7 et -12°C pendant 24 h) alors que les œufs des moustiques tigres tropicaux ne peuvent survivre à une température en dessous de zéro.1

    En parallèle, le réchauffement climatique et la hausse des températures moyennes hivernales ne font que faciliter l’implantation et la survie de nouvelles espèces de moustiques non-européens. Ce serait le cas pour Aedes aegypti, moustique du même genre que le moustique tigre et vecteur des mêmes maladies, qui devrait refaire son apparition dans le sud de l’Europe en 2030 et en France les années suivantes.5

    Compte-tenu des facultés d’adaptation du moustique tigre en milieu urbain, la seule solution réaliste est l’utilisation d’agents répulsifs efficaces, comme Crusoé.

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] S. M. Thomas, U. Obermayr, D. Fischer, J. Kreyling and C. Beierkuhnlein, Parasites & Vectors, 2012, 5, 100.

    [2] Ministère de la Santé et des Solidarités (France), Cartes de présence du moustique tigre (Aedes albopictus) en France métropolitaine, https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-metropolitaine.

    [3] J. M. Medlock, K. M. Hansford, F. Schaffner, V. Versteirt, G. Hendrickx, H. Zeller and W. V. Bortel, Vector-Borne and Zoonotic Diseases, 2012, 12, 435–447.

    [4] Ministère de la Santé et des Solidarités (France), Moustiques vecteurs de maladies, https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/especes-nuisibles-et-parasites/moustiques.

    [5] S. J. Ryan, C. J. Carlson, E. A. Mordecai and L. R. Johnson, PLOS Neglected Tropical Diseases, 2019, 13, e0007213.

    [6] M. U. G. Kraemer, R. C. Reiner, O. J. Brady, J. P. Messina, M. Gilbert, D. M. Pigott, D. Yi, K. Johnson, L. Earl, L. B. Marczak, S. Shirude, N. Davis Weaver, D. Bisanzio, T. A. Perkins, S. Lai, X. Lu, P. Jones, G. E. Coelho, R. G. Carvalho, W. Van Bortel, C. Marsboom, G. Hendrickx, F. Schaffner, C. G. Moore, H. H. Nax, L. Bengtsson, E. Wetter, A. J. Tatem, J. S. Brownstein, D. L. Smith, L. Lambrechts, S. Cauchemez, C. Linard, N. R. Faria, O. G. Pybus, T. W. Scott, Q. Liu, H. Yu, G. R. W. Wint, S. I. Hay and N. Golding, Nat Microbiol, 2019, 4, 854–863.

  • Le rôle du moustique dans notre écosystème - la vie cachée du moustique

    SCIENCES

    LE RÔLE DU MOUSTIQUE DANS NOTRE ÉCOSYSTÈME - LA VIE CACHÉE DU MOUSTIQUE

    Qui n’a jamais rêvé d’un monde sans moustique ? En effet, si les moustiques venaient à disparaître, il serait difficile de reconnaitre qu’ils nous manqueraient ; notamment à cause des nombreuses maladies dont ils sont les vecteurs, comme le paludisme qui fait 247 millions de malades et 1 million de morts chaque année, le chikungunya, la dengue, la fièvre jaune, la maladie à virus Zika, et le virus du Nil occidental.1

    Cependant, seules quelques centaines d’espèces de moustiques, parmi les 3500 recensées, s’attaquent à l’homme, et uniquement les spécimens femelles et au moment du développement de leurs œufs.²

    De plus, les moustiques, vecteurs ou non de maladies pour l’homme, jouent de multiples rôles dans les écosystèmes, dont l’importance écologique est souvent méconnue du grand public.

    Les moustiques sont présents sur Terre depuis plus de 100 millions d’années et sont répartis aujourd’hui sur tous les continents, à la fois dans les écosystèmes aquatiques et terrestres. Ils ont ainsi évolué conjointement avec de nombreuses espèces aussi bien animales que végétales. Ils sont donc devenus des maillons indispensables de nombreuses chaînes alimentaires, et agissent en tant que consommateurs, proies et décomposeurs.

    Les moustiques adultes se nourissent principalement de sucre végétal qui se trouve sous forme de nectar floral

    En effet, les moustiques ne peuvent survivre sans consommer de nectar même si du sang de vertébrés est à leur disposition.3

    Ils se nourrissent surtout au crépuscule, ce qui est difficilement observable, et ont donc longtemps été considérés, à tort, comme de simples « voleurs de nectar ». On sait aujourd’hui, que lors de leur quête de nectar floral, les moustiques participent à la pollinisation de milliers de plantes.⁴

    • Ils peuvent être des pollinisateurs exclusifs de certaines plantes, c’est-à-dire que ces plantes ne pourraient se reproduire sans moustiques et disparaitraient. C’est le cas de la fleur de Burmannia lutescens, qui a un tube pollinique très long que seul le probioscis des moustiques peut atteindre.3

    • Ils peuvent être également des co-pollinisateurs avec d’autres diptères. Par exemple, Aedes aegypti, un cousin du moustique tigre, est indispensable à la pollinisation de certaines orchidées.5

    • Et ils sont le plus souvent des pollinisateurs généralistes, comme Culex pipiens, le moustique commun, qui aide à la pollinisation de certaines fleurs, comme celles de Tansy.4

    Bien connue, la source complémentaire de nourriture pour le moustique adulte est le sang des vertébrés. Bien que ce mode d’alimentation soit une réelle nuisance pour l’homme, les moustiques jouent un rôle non-négligeable en Arctique. Ainsi les moustiques sont capables par exemple de réguler la population des caribous, qui détruisent les lichens, piétinent les sols et attaquent les loups.

    Au stade larvaire, les moustiques dégradent la matière organique végétale, consomment des algues microscopiques et des microbes.

    Les larves sont donc des décomposeurs de la matière organique. En assurant cette fonction, elles participent à la production de nutriments pour les végétaux et donc à leur croissance.

    Par exemple, des larves de moustiques sont capables de vivre dans les tubes de certaines plantes carnivores, les Sarracéniacées, et participent à leur croissance en décomposant les autres insectes piégés.6

    Les moustiques sont aussi une source de nourriture considérable, en tant que larves et au stade adulte dans les écosystèmes aquatiques et terrestres. 

    Les larves sont consommées par de nombreuses espèces d’oiseaux et de poissons. Par exemple, le poisson moustique, ou Gambusia affinis, est un prédateur exclusif des larves de moustiques et viendrait à disparaître en cas d’éradication des moustiques.1,2

    Les moustiques, si ils parviennent au stade adulte, sont la source principale de nourriture de nombreuses espèces d’oiseaux, de chauve-souris, de grenouilles, de lézards, d’araignées et d’autres insectes. Considérant la biomasse représentée par les moustiques en Arctique, de près de 44 000 tonnes, il a été estimé que la population d’oiseaux migrateurs, venant nicher dans la Tundra, diminueraient de 50% sans moustique.¹

    De plus, des chercheurs français ont montré l’impact de la diminution des populations de moustiques en Camargue après l’utilisation d’un insecticide microbien. La population des hirondelles de Camargue a vu le nombre de naissances diminuer de 33%.7

    En parallèle, les populations d’araignées et de libellules ont également chuté, à l’inverse celle des fourmis volantes.8 L’écosystème Camarguais a donc bien été bouleversé suite à la diminution drastique de sa population de moustiques.

    Ainsi l’éradication des moustiques pourrait donc laisser un impact loin d’être négligeable sur l’environnement en laissant une plante sans pollinisateur, un prédateur sans proie, et un manque de décomposeurs.

    Références : 

    [1] J. Fang, Nature, 2010, 466, 432–434.

    [2] D. A. H. Peach, The bizarre and ecologically important hidden lives of mosquitoeshttp://theconversation.com/the-bizarre-and-ecologically-important-hidden-lives-of-mosquitoes-127599.

    [3] D. A. H. Peach and G. Gries, Entomologia Experimentalis et Applicata, 2020, 168, 120–136.

    [4] D. A. H. Peach and G. Gries, Arthropod-Plant Interactions, 2016, 10, 497–506.

    [5] C. Lahondère, C. Vinauger, R. P. Okubo, G. H. Wolff, J. K. Chan, O. S. Akbari and J. A. Riffell, PNAS, 2020, 117, 708–716.

    [6] P. Armbruster, W. E. Bradshaw and C. M. Holzapfel, Evolution, 1997, 51, 451–458.

    [7] B. Poulin, G. Lefebvre and L. Paz, Journal of Applied Ecology, 2010, 47, 884–889.

    [8] B. Poulin, Acta Oecologica, 2012, 44, 28–32.

  • Les dispositifs de lutte contre les moustiques : les insecticides

    SCIENCES

    LES DISPOSITIFS DE LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES : LES INSECTICIDES

    La protection contre les piqures de moustiques est devenue indispensable, ces derniers temps, notamment avec la progression fulgurante du moustique tigre en France. Une méthode efficace de lutte contre les moustiques est l’utilisation d’insecticides. Un insecticide, contrairement à un répulsif qui éloigne, est un produit toxique destiné à tuer les moustiques.

    Les insecticides sont des molécules chimiques à l’exception de la Bti, ou Bacillus thuringiensis Israelensis, qui est un insecticide biologique microbien. Les insecticides chimiques sont très majoritairement d’origine synthétique, c’est-à-dire préparés en laboratoire, mais quelques insecticides d’origine botanique, soient naturels, existent également (voir tableau).1

    Liste des différents insecticides

    Ces nombreuses molécules permettent de cibler les moustiques quelque soient leur stade de développement et leur milieu de vie : les moustiques adultes en vol aérien, les moustiques au repos en milieu terrestre, ainsi que les larves en milieu aquatique.2

    De plus, ces insecticides sont ou ont été* utilisés de diverses façons aussi bien en intérieur qu’en extérieur par des particuliers ou des agences gouvernementales de santé :

    * Seules les molécules pyréthrinoïdes sont autorisées en tant que biocide en Europe.

    En intérieur, les molécules insecticides sont diffusées dans l’air sous forme de gouttelettes à l’aide de sprays ou de diffuseurs pour une action longue durée. Dans les zones tropicales, des moustiquaires de lit sont fréquemment utilisées et sont systématiquement imprégnées d’insecticide.

    En extérieur, les molécules insecticides sont vaporisées sous forme de microgouttelettes qui restent dans l’air ou sous forme de gouttes plus lourdes qui tombent sur le sol ou des surfaces végétales cibles. Certaines de ces molécules sont également utilisables sous forme de poudre ou de granulés afin d’être dispersées dans les milieux aquatiques.

    L’efficacité de ces nombreuses molécules a fait ses preuves. Il est important de rappeler qu’en 1977 un enfant mourait du Paludisme toutes les 10 secondes dans le monde. Et les insecticides auraient permis d’éviter près de 500 millions de contaminations au Paludisme entre les années 2000 et 2015.3 L’utilisation massive de ces insecticides a ainsi permis de limiter la transmission des maladies vectorisées par les moustiques jusqu’à présent.

    Mais l'utilisation des insecticides chimiques est-elle vraiment sans danger pour la santé humaine et l'environnement ?

    L’utilisation des insecticides chimiques est aujourd’hui largement déconseillée voire même interdite pour la plupart d’entre eux.¹,⁴

    En effet, les molécules insecticides sont neurotoxiques et conduisent à la mort des moustiques. Et elles ne sont malheureusement pas spécifiques des moustiques et sont également hautement toxiques pour d’autres animaux et n’épargnent pas l’être humain. Bien que le niveau de toxicité varie en fonction du type de molécules, chimiques ou botaniques, elles sont généralement très toxiques pour les insectes, notamment les abeilles, et/ou la vie aquatique, et peuvent présenter une toxicité aigue ou sur le long terme pour l’homme.1,5

    Aujourd’hui, seuls les pyrèthrinoïdes sont autorisés à être commercialisés et utilisés (diffuseur, spirale, spray et véhicule vaporisateur) en tant que biocide par les particuliers et professionnels en Europe, car considérés comme moins dangereux. Même dans des zones tropicales sensibles, comme aux Antilles, et face à une épidémie potentielle de fièvre jaune, l’Anses ne recommande pas l’utilisation des autres molécules insecticides.6

    Cependant, les pyrèthrinoïdes présentent une toxicité modérée pour le système nerveux, sont des sensibilisateurs allergènes et certains sont classés potentiellement ou possibles cancérigènes pour l’homme. Ils sont aussi hautement toxiques pour les pollinisateurs et les invertébrés aquatiques.

    Une nouvelle génération d’insecticides, les IGR (Insect Growth Regulators), a vu le jour dans les années 2010. Ils agissent différemment des autres molécules insecticides chimiques en limitant la croissance des moustiques.3 Ils présentent ainsi une toxicité aigue moins forte pour les êtres humains, mais sont très toxiques pour les invertébrés aquatiques. Un produit de dégradation d’un IGR a également été classé comme cancérigène probable pour l’homme.1

    En plus de présenter un réel danger pour l'Homme et l'Environnement, les insecticides chimiques sont de moins en moins efficaces.

    Dû à leur cycle de développement particulier, une vie courte, une reproduction rapide et une progéniture abondante, les moustiques se sont très rapidement adaptés aux molécules insecticides chimiques et y sont devenus insensibles. Par exemple, au bout d’une seule année d’utilisation du DichloroDiphénylTrichloroéthane ou DDT, un insecticide organochloré aujourd’hui interdit, les premiers cas de résistance sont apparus en 1947. Aujourd’hui plus d’une centaine d’espèces de moustiques y sont résistantes.7

    La résistance des moustiques ne s’arrête pas au DDT, elle a suivi les changements d’insecticides. Dans les années 2000, les cas de paludisme sont repartis à la hausse en Afrique. Une cause probable pourrait être la résistance des moustiques aux pyrèthrinoïdes.3

    De nombreuses souches de moustiques surexposées présentent des résistances multiples à différentes classes d’insecticides. C’est le cas d’Aedes aegypti, un cousin du moustique tigre, qui est insensible aux organophosphates, carbamates et pyrèthrinoïdes.7

    Aujourd’hui, la résistance des moustiques aux insecticides est considérée comme une véritable « bombe à retardement » par les chercheurs du domaine.³

    Enfin, les nouvelles souches de moustiques insensibles à certains insecticides semblent même adopter un comportement différent et peu prévisible face aux répulsifs.8 En fonction du type de mutations leur permettant de résister aux insecticides, ces nouveaux moustiques sont insensibles ou au contraire plus sensibles aux répulsifs actuellement sur le marché. Il devient donc urgent de limiter l’utilisation des insecticides chimiques et de favoriser des alternatives comme les répulsifs naturels.

    Références : 

    [1] Mosquito Control, Pesticide Research Institute, 2013.

    [2] C. A. Stoops, W. A. Qualls, T.-V. T. Nguyen and S. L. Richards, Environ Health Insights, 2019, 13, 1178630219859004.

    [3] After 40 years, the most important weapon against mosquitoes may be failing | Science, 2016.

    [4] La lutte anti-vectorielle, des stratégies multiples contre les vecteurs | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, 2021.

    [5] G. Benelli, Parasitol Res, 2015, 114, 2801–2805.

    [7] J. Hemingway and H. Ranson, Annu Rev Entomol, 2000, 45, 371–391.

    [8] E. Deletre, T. Martin, C. Duménil and F. Chandre, Parasites Vectors, 2019, 12, 89.

    [9] Anses, AVIS de l’Anses relatif à l’évaluation d’insecticides anti-moustiques adulticides dont l’utilisation pourrait être autorisée par voie dérogatoire pour faire face à une éventuelle épidémie de fièvre jaune dans les territoires ultra-marins | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, 2017.

  • Focus sur l'huile essentielle de géranium rosat bourbon

    SCIENCES

    FOCUS SUR L'HUILE ESSENTIELLE DE GÉRANIUM ROSAT BOURBON

    Il existe de très nombreuses plantes dénommées Géranium mais elles ne sont pas toutes équivalentes. Les plantes appelées Géranium Rosat appartiennent à la grande famille des Geraniacea, d’où leur nom, qui regroupent 280 espèces originaires d’Afrique du Sud.

    Le Géranium cv. Rosat Bourbon

    Le Géranium Rosat n’est cependant pas un Geranium mais un Pelargonium au sens strict de la classification botanique. Il s’agit plus précisément d’un croisement, ou hybridation, entre espèces de Pelargonium (graveolens, radens et capitatum) qui ont été sélectionnées pour leurs essences de rose au XIXème siècle à Grasse, haut lieu de la parfumerie en France. Ces nouveaux hybrides ont ensuite été introduits en 1880 sur l’île de La Réunion.

    La plante a ainsi pris le nom de Géranium cultivar Rosat Bourbon avec Rosat pour son essence de rose, et Bourbon pour son lieu de culture, l’île de La Réunion ou l’île Bourbon. Son nom botanique officiel reste Pelargonium x hybridum cv. ‘Rosat Bourbon’, ce qui permet son identification parmi les nombreux Pelargonium et Geranium

    L'île de la Réunion, un lieu idéal pour Géranium Rosat

    Il existe aujourd’hui plusieurs variétés de Géranium Rosat dont les plus connues sont le Géranium cv. Rosat Egypte, le Géranium cv. Rosat Chine, le Géranium cv. Rosat Bourbon et le Géranium cv. Rosat Grasse.

    L’île de la Réunion possède un climat chaud favorable à la culture en plein champ de Géranium Rosat. De plus, l’humidité ambiante permet de ne pas ou peu irriguer les cultures de Géranium Rosat, ce qui n’est pas le cas des autres lieux de production.1 Ainsi l’île de La Réunion est rapidement devenue le premier producteur mondial de cette plante au XIXème siècle. Elle est aujourd’hui à la troisième place derrière l’Egypte et la Chine, avec son Géranium cv. Rosat Bourbon qui fait entièrement partie du patrimoine végétal de l’île.²

    L'huile essentielle de Géranium cv. Rosat Bourbon, reconnue pour son activité répulsive anti-moustique

    Le marché actuel international de l’huile essentielle de Géranium Rosat est conséquent, avec près de 300 tonnes produites par an.

    L’huile essentielle est produite par un simple procédé de distillation des feuilles de Géranium Rosat, dont les molécules odorantes sont entrainées par de la vapeur d’eau.¹,³ Il s’agit d’un procédé d’extraction ancestral qui ne nécessite aucun produit chimique.

    Ainsi la composition de l’huile essentielle ne dépend que de la nature des feuilles utilisées (fraiches/sèches, jeunes/vieilles) et du lieu de culture de la plante, qui est soumise à des conditions climatiques et géologiques différentes en fonction de son origine géographique.

    L’huile essentielle de Géranium Rosat est un mélange extrêmement complexe de plus de 66 molécules odorantes dont les deux principales sont le géraniol et le citronellol.¹ Mais leur proportion est très variable selon le cultivar. La particularité du cultivar de Géranium cv. Rosat Bourbon est que son huile essentielle est très riche en géraniol, avec un rapport géraniol/citronellol de 0,77. En plus d’être odorant, le géraniol est une molécule qui possède de nombreuses vertus médicinales. Le géraniol est un agent antimicrobien, antifongique, anti-inflammatoire et possède une activité anti-tumorale in vitro et in vivo.4

    Il possède également une activité répulsive anti-moustiques puisqu'une solution de 25% de géraniol est capable de repousser le moustique tigre Aedes albopictus pendant 3h 5. Bien que listé par l’Union Européenne en tant que molécule "susceptible d’entraîner des réactions allergiques de contact chez des personnes sensibilisées", le géraniol ne présente pas de toxicité pour l’homme, lorsqu’il est utilisé selon la recommandation.³

    Ainsi, nous avons sélectionné l'huile essentielle de Géranium cv. Rosat Bourbon dans la formulation de notre répulsif anti-moustiques Crusoé pour sa concentration non allergène mais toujours relativement élevée en géraniol ! 

    De plus, des recherches scientifiques poussées ont prouvées que l'huile essentielle de Géranium cv. Rosat Bourbon exalte grandement l'activité répulsive du PMD (l'actif naturel répulsif le plus efficace à date) devenant ainsi un composant naturel  incontournable de notre gamme

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] B. Blerot, S. Baudino, C. Prunier, F. Demarne, B. Toulemonde and J.-C. Caissard, Phytochem Rev, 2016, 15, 935–960.

    [2] Le Géranium Rosat, (accessed 17 December 2021).

    [3] N. Boulanger and L. de Gentile, in Protection personnelle antivectorielle, eds. G. Duvallet and L. de Gentile, IRD Éditions, Marseille, 2017, pp. 50–116.

    [4] W. Chen and A. M. Viljoen, South African Journal of Botany, 2010, 76, 643–651.

    [5] D. R. Barnard and R.-D. Xue, J. Med. Entomol., 2004, 41, 726–730.

    [6] World Intellectual Property Organization, WO2021005204A1, 2021.

  • Focus sur l'huile essentielle d'Eucalyptus Citronné

    SCIENCES

    FOCUS SUR L'HUILE ESSENTIELLE D'EUCALYPTUS CITRONNÉ

    L’eucalyptus citronné, Corymbia citriodora (ou anciennement Eucalyptus citriodora), est un grand arbre majestueux bien connu pour ses vertus médicinales.1,2

    L'Eucalyptus Citronné Corymbia citriodora

    Ses feuilles possèdent naturellement des huiles volatiles qui dégagent une forte odeur citronnée. Son feuillage abondant, ses tiges et bourgeons permettent la préparation d’une huile essentielle avec un bon rendement (1,36%), et aux propriétés diverses trouvant des applications en médecine traditionnelle et moderne, parfumerie et agroalimentaire, ainsi qu’en agrochimie

    Historiquement, les feuilles de l'eucalyptus citronné et son huile essentielle dérivée étaient largement utilisées en médecine traditionnelle, notamment en tant qu'expectorant et décongestionnant en Afrique ainsi qu'en en tant qu'analgésique, anti-inflammatoire et antispasmodique en Inde.2,3

    Plus récemment, de nouvelles propriétés antibactériennes et antifongiques ont été découvertes. L'huile essentielle a montré une forte activité contre des bactéries cutanées et entériques résistantes aux antibiotiques classiques chez l'homme.4

    Ces résultats sont pour l'instant limités au stade de recherche. Cependant, ces propriétés antimicrobiennes sont déjà utilisées en agrochimie pour limiter la prolifération de certains pathogènes fongiques sur des plantes vivantes ainsi que pour conserver naturellement des graines et céréales en repoussant insectes et microbes. 2,5,6

    Cette propriété répulsive des insectes en agrochimie a conduit à de nombreuses confusions quant à ses propriétés répulsives de l'huile essentielle d'eucalyptus citronnée contre les moustiques. Des molécules de PMD - répulsif anti-moustique aussi puissant que le DEET - sont naturellement présentes dans l'huile essentielle mais en très faible quantité (de 0 à 3% selon l'origine de l'arbre)8 Plusieurs études ont montré que l'huile essentielle d'eucalyptus citronné a une très faible et très courte activité répulsive contre les moustiques : à peine 12% d'activité répulsive contre le moustique tigre pendant la première heure d'application8 et plus aucune activité après deux heures. 

    De plus, l’huile essentielle d’eucalyptus citronné est à utiliser avec précaution, à cause de sa composition chimique qui lui confère ses nombreuses propriétés. Elle est composée très majoritairement de citronellal (55-75%), de citronellol (10-20%) et d’isopulegol (5%).3,6Le citronellal est une molécule chimique classée comme causant des irritations cutanées, pouvant causer une sensibilisation à des allergies cutanées pour l’homme, et comme dangereux et toxique avec des effets à long terme sur la vie aquatique.10

    Fort de ces connaissances, l’équipe de Crusoé a développé une formulation innovante à base de l’huile essentielle  d’eucalyptus citronné sans citronellal afin qu’elle soit sans danger. Cette huile essentielle d'eucalyptus citronné est transformée (hydratée et cyclisée) afin de générer du PMD - une molécule naturelle aux fortes propriétés répulsives anti-moustiques.

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] K. Hill and L. Johnson, Telopea: Journal of plant systematics, 1995, 6, 185–504.

    [2] B. A. Ayinde, in Essential Oils in Food Preservation, Flavor and Safety, ed. V. R. Preedy, Academic Press, San Diego, 2016, pp. 413–419.

    [3] D. R. Batish, H. P. Singh, N. Setia, S. Kaur and R. K. Kohli, Zeitschrift für Naturforschung C, 2006, 61, 465–471.

    [4] S. Luqman, G. R. Dwivedi, M. P. Darokar, A. Kalra and S. P. S. Khanuja, International Journal of Essential Oil Therapeutics, 2008, 8.

    [5] H. Ramezani, H. P. Singh, D. R. Batish and R. K. Kohli, Fitoterapia, 2002, 73, 261–262.

    [6] H. Tolba, H. Moghrani, A. Benelmouffok, D. Kellou and R. Maachi, Journal de Mycologie Médicale, 2015, 25, e128–e133.

    [7] A. V. Degani, N. Dudai, A. Bechar and Y. Vaknin*, Journal of Essential Oil Bearing Plants, 2016, 19, 410–420.

    [8] World Intellectual Property Organization, WO2021005204A1, 2021.

    [9] B. Solomon, T. Gebre-Mariam and K. Asres, Journal of Essential Oil Bearing Plants, 2012, 15, 766–773.

    [10] PubChem, Citronellal, https://pubchem.ncbi.nlm.nih.gov/compound/7794.

  • L'odorat et le goût des moustiques

    SCIENCES

    L'ODORAT ET LE GOÛT DES MOUSTIQUES 

    Quelles leçons tirer des recherches du Laboratoires de Chimie Bio-inspirée et d'Innovations Ecologiques

    Savez-vous que les moustiques sont capables de nous repérer jusqu'à 70m de distance ? 

    Le Système Olfactif et Gustatif des Moustiques

    Le système olfactif et gustatif des moustiques est complexe et très développé. Celui-ci est composé de nombreux organes (Figure 1) : 

    - les antennes et autres appendices céphaliques, qui sont principalement destinés à percevoir des informations à distance, c'est à dire des odeurs émises par l'hôte, comme le dioxyde de carbone, l'ammoniac et des acides carboxyliques (acide lactique).

    - les extrémités de ses six pattes, qui sont spécialisées dans les informations de contact et de discrimination, c'est-à-dire le goût de l'hôte, caractérisé par les émanations de sa peau et de son sang. 

    Figure 1 - Mise en évidence des organes olfactifs et gustatifs chez les moustiques femelles (en vert)

    Les organes olfactifs et gustatifs fonctionnent à l'aide de capteurs moléculaires, appelés récepteurs. Ils sont capables de reconnaître un grand panel de molécules odorantes et gustatives, permettant de les classer en trois catégories : 

    - les récepteurs olfactifs (OR)

    - les récepteurs gustatifs (GR) 

    - les récepteurs ionotropiques (IR). 

    Ces récepteurs sont présents en très grand nombre chez moustiques. Il existe chez le moustiques tigre, par exemple, 158 OR, plus de 30 GR et 102 IR.  Le nombre important de ces récepteurs témoigne de la complexité du système olfactif et gustatif des moustiques

    Cibler plusieurs récepteurs pour maximiser le pouvoir répulsif

    Les répulsifs anti-moustiques ciblent un ou plusieurs de ces récepteurs, selon des mécanismes moléculaires encore peu connus. Ils peuvent limiter ou masquer la reconnaissance des odeurs de l’hôte, ou encore avoir un effet repoussant pour le moustique.1  

    Cependant, les molécules actives des répulsifs ne ciblent pas toutes les mêmes récepteurs. Par exemple, le DEET, répulsif synthétique le plus utilisé dans le monde et connu pour sa toxicité potentielle, désactive le récepteur OR2 alors que le PMD, répulsif naturel de référence, désactive le récepteur OR8 chez Aedes aegypti, un cousin de moustique tigre.2 Cette différence de cible moléculaire explique donc la différence de répulsion entre les répulsifs.

    Ainsi, le laboratoire de recherche de Chimie Bio-inspirée et Innovations Ecologiques (ChimEco)3, à l'origine de l'actif Crusoé, a eu l’idée de combiner différentes molécules actives pour augmenter le nombre de récepteurs ciblés et ainsi augmenter le pouvoir répulsif. Avec pour objectifs de n’utiliser que des actifs d’origine naturelle, différents mélanges de molécules actives ont été testés comme modèle (Figure 2A). 

    L’ajout de 5% de citronellol puis 20% de géraniol au PMD a permis de tripler l’efficacité répulsive : 31%  de répulsion en moyenne pour le PMD seul contre 92% en moyenne pour le mélange des trois molécules.4

    Ces résultats très encourageants ont conduit le laboratoire ChimEco à développer le principe actif de Crusoé, comportant ces trois molécules clés à partir de ressources 100% végétales. Crusoé montre une meilleure répulsion que le DEET et le PMD, utilisés à 50% de leur efficacité maximale (ED50). 

    Crusoé a permis une répulsion quasi totale des moustiques tigres pendant 1 h, avec une efficacité moyenne et très reproductible de 83%, ce qui est près de deux fois supérieure au DEET et au PMD (Figure 2 B).

    De plus, il est important de noter que l’utilisation répétée de répulsifs à base d’une seule molécule, comme le DEET, a engendré des moustiques qui sont devenus résistants ou insensibles. En effet, près de la moitié des moustiques femelles de l’espèce Aedes aegypti, déjà exposée une première fois au DEET, y devient moins sensible.5 

    La gamme répulsive de Crusoé, étant composé d’un mélange de principes actifs, offre une protection naturelle et efficace avec un risque minimal quant à l’émergence de résistance.

    Figure 2A

    Figure 2B

    Tests comportementaux de moustiques tigres par rapport à des molécules répulsives pures et en mélange (Vectopôle Sud de Montpellier6, centre collaborateur de l'OMS / * ED50 : 110mg / m2 † ED50 : 200mg / m2

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] J. T. Sparks, G. Botsko, D. R. Swale, L. M. Boland, S. S. Patel and J. C. Dickens, Front. Physiol., 2018, 9, 1309.

    [2] J. D. Bohbot, L. Fu, T. C. Le, K. R. Chauhan, C. L. Cantrell and J. C. Dickens, Medical and Veterinary Entomology, 2011, 25, 436–444.

    [3] ChimEco - UMR5021 - CNRS/UM - Chimie/Ecologie/Ecocatalyse - Grabels, https://www.chimeco-lab.com.

    [4] World Intellectual Property Organization, WO2021005204A1, 2021.

    [5] N. M. Stanczyk, J. F. Y. Brookfield, L. M. Field and J. G. Logan, PLOS ONE, 2013, 8, e54438.

    [6] Vectopôle Sud Montpellier, http://www.vectopole-sud.fr/.

  • Focus sur les huiles essentielles répulsives

    SCIENCES

    FOCUS SUR LES HUILLES ESSENTIELLES RÉPULSIVES

    Confrontés aux préoccupations environnementales et de santé, les consommateurs avertis délaissent les répulsifs anti-moustiques synthétiques au profit des répulsifs anti-moustiques naturels ou d'origine naturelle

    Seuls les répulsifs composés d'huiles essentielles peuvent être qualifiés de naturels

    Ces deux termes sont réglementés par la norme ISO 16128, qui peut cependant prêter à confusion et laisse place à une utilisation parfois excessive du terme naturel. Un produit dit "naturel" si il est composé de produits purs, existants sous forme brute dans la nature ou obtenus par un traitement physique (pression, broyage, séchage, distillation ou macération).1

    Ainsi seuls les répulsifs composés d'huiles essentielles sans ajout de composés de synthèse, comme Crusoé, peuvent être qualifiés de naturels. En effet une huile essentielle est obtenue par un simple procédé de distillation de matériel végétal, dont les molécules odorantes sont entraînées par de la vapeur d'eau. Il s'agit d'un procédé ancestral qui ne nécessite l'ajout d'aucun produit chimique. 2

    Crusoé : une utilisation rigoureuse et précise des huiles essentielles

    Historiquement, les huiles essentielles de citronnelle, et plus particulièrement l'huile essentielles de citronnelle de Java (Cymbopogan winterianus), sont les premières huiles essentielles à avoir été utilisées comme répulsifs naturels.3 Aujourd'hui, un grand nombre d'huiles essentielles, comme celles d'eucalyptus, et particulièrement d'eucalyptus citronné (Eucalyptus ou Corymbia citriodora) ou encore plus récemment de Niaouli (Melaleuca vividiflora) entrent dans la formulation des répulsifs naturels. Devenus l'alternative indispensable aux produits de synthèse et très appréciées du grand public grand à leur origine végétale, les huiles essentielles ne sont pas toutes efficaces et peuvent même s'avérer dangereuses en fonction de leur composition et/ou de leur utilisation.4

    Les informations et études sur l’efficacité répulsive des huiles essentielles sont souvent contradictoires, même dans les revues scientifiques. Cela vient d’un manque de précisions dans les espèces végétales utilisées pour préparer l’huile essentielle, la concentration d’utilisation, l’espèce de moustiques ciblée ainsi que le test de répulsion pratiqué.3,5

    o   Les huiles essentielles sont des mélanges complexes de composés organiques (terpènes, sesquiterpènes, composés aromatiques, composés oxygénés) dont la composition peut varier en fonction de l’espèce végétale et des parties végétales (feuilles, fleurs, tiges) utilisées. Ainsi deux huiles d’eucalyptus peuvent avoir des compositions très différentes, et donc des activités répulsives non comparables. Par exemple, une solution de 20% d’huile essentielle d’Eucalyptus citriodora (renommée Corymbia citriodora) est deux fois plus répulsive qu’une même solution d’Eucalyptus globulus contre le moustique Anophele stephensi.6

    Pour palier à ce problème, Crusoé est toujours fabriqué à partir des mêmes huiles essentielles chémotypées, dont la composition chimique est établie de façon rigoureuse par chromatographie en phase gazeuse.

    o   Les huiles essentielles étudiées comme répulsifs sont testées en laboratoire ou en plein air contre une espèce de moustique disponible ou locale. Or une huile essentielle peut présenter une activité répulsive très efficace contre une espèce de moustique et aucune efficacité contre une autre espèce. Par exemple, l’efficacité de l’HE de Cymbopogan winterianus varie de 52 à 100% en fonction de l’espèce de moustiques Anophèle ciblée.6 Ainsi une attention particulière doit être apportée quant à la mention « anti-moustique » peu précise.

    Crusoé a été conçu pour repousser différentes espèces de moustiques, en laboratoire et en milieu tropical, Aedes albopictus, Aedes aegypti, Anophele gambiae et Culex pipiens, avec la même efficacité et pendant une durée moyenne de 7 h.7

    o   Bien que non mentionnée dans certaines études, la concentration d’utilisation de l’huile essentielle est cruciale pour son activité répulsive. De nombreuses huiles essentielles ont une excellente activité répulsive à forte concentration, ce qui peut conduire à un étiquetage « anti-moustique » abusif, puisqu’elles ne peuvent pas être utilisées telles qu’elles pour des raisons de toxicité.La toxicité des huiles essentielles est très souvent méconnue du grand public. En effet, il est important de se souvenir que les produits naturels ne sont pas systématiquement moins dangereux ou plus sûrs que les produits de synthèse.Les huiles essentielles de citronnelle de Java et d’eucalyptus citronné sont riches en citronellal (environ 30 et 70% respectivement), qui peut être irritant pour la peau voire allergène.8 Les huiles essentielles d’eucalyptus globuleux, radié et de niaouli possèdent un taux important d’eucalyptol qui est très allergisant et toxique en cas d’ingestion.

    La formulation de Crusoé a été soigneusement optimisée afin d'être la plus efficace possible en respectant les concentrations d'utilisation réglementaire des huiles essentielles et en évitant scrupuleusement l'utilisation d'huiles essentielles composées de terpènes toxiques. 

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] ISO, ISO 16128-1:2016(fr), Lignes directrices relatives aux définitions techniques et aux critères applicables aux ingrédients et produits cosmétiques naturels et biologiques — Partie 1: Définitions des ingrédients, https://www.iso.org/obp/ui/#iso:std:iso:16128:-1:ed-1:v1:fr, (accessed 7 January 2022).

    [2] N. Boulanger and L. de Gentile, in Protection personnelle antivectorielle, eds. G. Duvallet and L. de Gentile, IRD Éditions, Marseille, 2017, pp. 50–116.

    [3] L. S. Nerio, J. Olivero-Verbel and E. Stashenko, Bioresour. Technol., 2010, 101, 372–378.

    [4] C. Grison and A. Moderc, L’Actualité Chimique.

    [5] M. F. Maia and S. J. Moore, Malaria Journal, 2011, 10, S11.

    [6] A. Asadollahi, M. Khoobdel, A. Zahraei-Ramazani, S. Azarmi and S. H. Mosawi, Malaria Journal, 2019, 18, 436.

    [7] World Intellectual Property Organization, WO2021005204A1, 2021.

    [8] PubChem, Hazardous Substances Data Bank (HSDB), https://pubchem.ncbi.nlm.nih.gov/source/hsdb/594, (accessed 7 January 2022).

  • Crusoé et son efficacité scientifiquement prouvée

    SCIENCES

    CRUSOÉ ET SON EFFICACITÉ SCIENTIFIQUEMENT PROUVÉE

    Après trois années de recherche et deux brevets internationaux,1,2 la composition de Crusoé a été optimisée afin d’allier efficacité, durée et spectre d’action tout en conservant la naturalité et l’innocuité du produit. En effet, il est important de préciser que Crusoé est un répulsif anti-moustique et anti-tique, dépourvu de toute nocivité, sans aucun additif et dont tous les ingrédients sont d’origine naturelle. Il est notamment certifié Ecogarantie®.

    Crusoé, un répulsif extrêmement efficace contre les moustiques tigres d'origine méditerranéenne et tropicale

    Plus de 4000 tests comportementaux ont été réalisés au Vectopôle Sud de Montpellier,3 centre collaborateur de l’OMS, afin d’évaluer l’efficacité de Crusoé. Le Vectopôle est une plateforme de recherche sur les vecteurs d’agents pathogènes en santé publique, qui a développé une méthode de pointe permettant de tester à très grande échelle des répulsifs anti-moustiques, en s’affranchissant de tests sur des personnes physiques. Cette méthode constitue un protocole reproduisant le plus fidèlement possible les conditions du test humain. Le test repose sur l’utilisation de sang de mouton maintenu à 37 °C, déposé dans un nourrisseur, auprès duquel les moustiques femelles peuvent se nourrir en perçant une peau intestinale de porc, pendant 1 h. La peau de porc aura pu être traitée par un répulsif afin de mimer la peau humaine après étalement du répulsif anti-moustique (Figure 1). 

    Figure 1 : Tests comportementaux évaluant l'efficacité de Crusoé

    Figure 2 : Résultat des tests comportementaux sur une souche méditerranéenne d'élevage du moustique tigre, pendant 1h. *ED50 : 110mg/m2, † ED50 : 200mp/m2

    Ces expériences ont été conduites avec des moustiques tigres, Aedes albopictus, élevés au Vectopôle Sud de Montpellier. Elles ont permis de comparer l'efficacité de Crusoé par rapport au DEET (le répulsif anti-moustiques le plus utilisé dans le monde mais aussi connu pour sa toxicité potentielle), le PMD (la référence des répulsifs naturels) et de l'éthanol (un témoin négatif). 

    Les résultats des tests comportementaux montrent clairement que Crusoé a permis une meilleure répulsion que le DEET et le PMD. Crusoé a permis une répulsion quasi totale des moustiques tigres pendant 1 heure, avec une efficacité moyenne et très reproductible de 83%, ce qui est près de deux fois supérieure au DEET et trois fois supérieure au PMD (Figure 2)

    Cependant il est connu que les moustiques d'élevage peuvent avoir un comportement et une sensibilité légèrement différents des moustiques sauvages. Ainsi d'autres tests de répulsion ont été réalisés avec une souche tropicale et sauvage de Madagascar afin de prouver l'efficacité de Crusoé dans un contexte de pleine nature et en milieu tropical (Figure 3). 

    Crusoé s'est encore révelé être le meilleur répulsif avec une répulsion moyenne de 77% pendant 1 heure, et loin devant le PMD qui n'a présenté aucune action contre ce moustique tigre sauvage. 

    Figure 3 : Résultats des tests de répulsion sur une souche tropicale sauvage du Moustique Tigre de Madagascar pendant 1 heure. †ED50 : 200mg/m2

    Crusoé, un répulsif à large spectre et à l'action longue durée

    L'efficacité de Crusoé ayant été clairement démontrée par des tests comportementaux sur les moustiques tigres, des tests complémentaires validés par l'OMS (MPR : règlement (UE) n°528/2012) ont pu être conduits sur des volontaires humains par le laboratoires TEC4.

    Ces tests ont permis de valider l'efficacité répulsive de Crusoé par rapport au sang humain en utilisant la technique "du bras dans la cage". De plus, ils ont permis de déterminer la durée d'action de Crusoé, qui est un point crucial et souvent problématique lors du développement d'un nouveau répulsif. En effet, il existe un grand nombre de répulsifs très efficaces, mains pendant une durée relativement courte (30min-1heure), ce qui peut être dangereux pour le consommateur et nécessite une répétition d'applications du produit.

    Crusoé a montré une activité répulsive total, c'est-à-dire qu'aucune piqûre n'a été observée pendant une durée moyenne de plus de 7 heures. Il est également important de préciser que cette durée de 7 heures - 7 heures 30 de protection complète a été atteinte avec le moustique tigre, Aedes albopictus, mais également d'autres espèces vectrices de maladies, Aedes aegypti, Culex pipiens et Anophele gambiae. Ainsi ces tests, validés par l'OMS, ont permis de démontrer que Crusoé est un excellent répulsif anti-moustiques à large spectre et présentant une action longue durée. 

    Crusoé, un répulsif efficace contre les tiques

    Face au nombre important de morsures par les tiques, qui constituent le premier vecteur de maladies au niveau européen, Crusoé a également été testé par le Laboratoire TEC, contre deux espèces de tiques largement présentes en France : Ixodes ricinus et Ripicephalus sanguineus. En utilisant la technique du "bras dans la cahe", Crusoé a prouvé une efficacité répulsive total pendant une durée moyenne de 5h30 contre ces deux espèces de tiques.  

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1] World Intellectual Property Organization, WO2021005214A1, 2021.

    [2] World Intellectual Property Organization, WO2021005204A1, 2021.

    [3] Vectopôle Sud Montpellier, http://www.vectopole-sud.fr/.

    [4] Laboratoire TEC - Tests d’efficacité sur biocides insecticides et répulsifs. Laboratoire TEC est agréé par plusieurs ministères et travaille sous Bonnes Pratiques, https://www.teclabo.fr/.

  • Les moustiques transgéniques, une solution d'avenir ?

    SCIENCES

    LES MOUSTIQUES TRANSGÉNIQUES : UNE SOLUTION D'AVENIR ?

    L'urbanisation croissante, la mondialisation des échanges de biens et de personnes, et le changement climatique contribuent nettement à l'expansion des maladies transmises par les moustiques. Le nombre de cas de dengue a été multiplié par trente ces cinquante dernières années, et le nombre et la fréquence des épidémies de Paludisme, Chikungunya et fièvre jaune ne cessent de croître depuis 2014. Face à cette situation alarmante, due en partie aux résistances physiologies et aux changements de comportement des moustiques, ainsi que leurs dommages environnementaux, poussent les scientifiques à trouver des alternatives. 

    Le Géranium cv. Rosat Bourbon

    Ces dernières années, plutôt que d'utiliser des insecticides, éleminant sans distinction l'ensemble des moustiques d'un écosystème, les scientifiques se sont penchés sur deux nouvelles stratégies plus sélectives et avec moins d'impact environnemental, utilisant des moustiques génétiquement modifiés

    - la suppression sélective des espèces de moustiques vecteurs de maladies, puisque seuls environ 10% des espèces de moustiques transmettent des maladies à l'homme. Cette stratégie repose sur la reproduction et le relargage de moustiques transgéniques d'une espèce cible, permettant à terme la disparition de leur population. 

    - la modification génétique des espèces de moustiques vecteurs de maladies afin qu'ils ne transmettent plus leurs pathogènes à l'homme. A la place d'éliminer les moustiques eux-mêmes, cette stratégie de modification du génome des moustiques permet d'éliminer les pathogènes qu'ils contiennent, à l'origine des maladies transmises. 

    La suppression sélective à l'aide de moustiques transgéniques

    Durant ces dix dernières années, l’émergence des nouvelles technologies de génie génétique, comme le célèbre et controversé système de CRISPR Cas9, prix Nobel de Chimie en 2020, a permis de créer une grande diversité de moustiques transgéniques, en vue de leur éradication.  

    Le système de forçage génétique, utilisant CRISPR Cas9, permet à un gène d’être transmis avec quasi-certitude à sa progéniture, en s’affranchissant de la sélection naturelle. Cette technique a permis par exemple, la transmission de gènes de stérilité chez les moustiques femelles, ce qui a conduit à l’extinction totale en laboratoire d’une population d’Anophele gambiae, un moustique vecteur du paludisme, en 7 à 11 générations.1 D’autres méthodes de modification du génome ont permis la production d’œufs contenant des futurs mâles stériles,2 des femelles ne pouvant voler,3,4 ou encore des moustiques s’auto-intoxicant en l’absence d’un antibiotique.3,4

    Bien que ces nouvelles techniques semblent très efficaces pour éradiquer une population cible de moustiques, plusieurs inconvénients sont à souligner.

    Le coût de ces méthodes, dû à la technique de production et à la quantité de moustiques à relâcher régulièrement, reste très important.

    De plus, ces techniques doivent également être éprouvées en dehors d’un laboratoire ; mais un certain nombre de précautions sont à prendre puisque le relargage de moustiques transgéniques dans l’environnement est irréversible. Par exemple, la technologie basée sur l’auto-intoxication des moustiques avait obtenu un premier permis d’utilisation expérimentale pour un relargage de 450 000 Aedes aegypti transgéniques au Brésil. Cependant, cette expérience n’a pas permis de diminuer la population d’Aedes aegypti. Au contraire en dix-huit mois, le nombre de moustiques est revenu au même niveau que celui du pré-relargage.7 En effet, ce test a rapidement perdu en efficacité puisque des phénomènes de discrimination sexuelle contre les moustiques transgéniques ont été notés : les moustiques sauvages ne se reproduisant plus qu’avec des moustiques sauvages. De plus, au cours de ce test une faible partie des moustiques transgéniques a réussi à créer une progéniture hybride viable, ce qui est l’inverse de l’effet désiré.6 Ainsi cette expérience a créé artificiellement une nouvelle souche de moustiques sans parvenir à réduire la population de moustiques vecteurs de maladie. Malgré ce premier échec, un nouveau permis de relargage massif, de 2,4 milliards de moustiques d’Aedes aegypti transgéniques, produits par la même technologie qu’au Brésil, vient d’être autorisé en Californie et Floride entre 2022 et 2024.5

    Par ailleurs, la stabilité du génome des moustiques transgéniques est encore inconnue dans la nature. En effet, la reproduction des moustiques étant rapide, des résistances ou adaptations génétiques ne seraient pas surprenantes et des relargages réguliers de moustiques transgéniques, indispensables pour ce type d’approche, conduiraient à entretenir une population de moustiques plutôt que de la réduire.

    Enfin, l’éradication d’une espèce en un lieu donné, en plus de présenter un aspect éthique et écologique négatif, peut conduire à une ré-invasion des populations voisines de la même espèce ou d’autres espèces occupant la même niche. 

    La modification génétique

    Ainsi l’approche transgénique trouverait une meilleure application dans la stratégie de modification de population, qui serait moins onéreuse et plus durable éthiquement et écologiquement. Un certain nombre de méthodes, permettant la production de nouveaux moustiques qui ne transmettent plus de maladie, ont été récemment développées en laboratoire. Par exemple, le système de forçage génétique a permis la transmission d’un gène assurant la production de toxines antimicrobiennes dans l’intestin du moustique, empêchant la survie de Plasmodium, le parasite à l’origine du Paludisme.8 De même, d’autres méthodes de modification génétique ont permis aux moustiques modifiés de produire des molécules (peptides, anticorps et ARNi) empêchant la réplication et la transmission des virus de la Dengue, du Chikungunya,9 de Zika.10 Cependant, ces techniques n’ont pas encore été testées en plein champ

    De même que pour la stratégie de suppression, de nombreuses questions restent en suspend sur l’efficacité à long-terme et le coût environnemental de cette stratégie de modification génétique : ces moustiques transgéniques ont-ils un génome modifié suffisamment stable pour faire face à l’évolution naturelle ? Quel est le devenir des pathogènes des moustiques ? Ne risque-t-on pas d’induire la création des pathogènes plus virulents ou plus résistants ? 

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1]  K. Kyrou, A. M. Hammond, R. Galizi, N. Kranjc, A. Burt, A. K. Beaghton, T. Nolan and A. Crisanti, Nat Biotechnol, 2018, 36, 1062–1066.

    [2]  N. P. Kandul, J. Liu, H. M. Sanchez C., S. L. Wu, J. M. Marshall and O. S. Akbari, Nat Commun, 2019, 10, 84.

    [3]  G. Fu, R. S. Lees, D. Nimmo, D. Aw, L. Jin, P. Gray, T. U. Berendonk, H. White-Cooper, S. Scaife, H. Kim Phuc, O. Marinotti, N. Jasinskiene, A. A. James and L. Alphey, Proceedings of the National Academy of Sciences, 2010, 107, 4550–4554.

    [4]  G. M. C. Labbé, S. Scaife, S. A. Morgan, Z. H. Curtis and L. Alphey, PLOS Neglected Tropical Diseases, 2012, 6, e1724.

    [5]  Environmental Protection Agency, Experimental Use Permit Amended for 93167-EUP-2 to Allow Releases of OX5034 Aedes aegypti in Florida and California, https://www.regulations.gov/document/EPA-HQ-OPP-2019-0274-0470.

    [6]  B. R. Evans, P. Kotsakiozi, A. L. Costa-da-Silva, R. S. Ioshino, L. Garziera, M. C. Pedrosa, A. Malavasi, J. F. Virginio, M. L. Capurro and J. R. Powell, Sci Rep, 2019, 9, 13047.

    [7]  J. R. Powell, Insects, 2018, 9, 139.

    [8]  A. Hoermann, S. Tapanelli, P. Capriotti, G. Del Corsano, E. K. Masters, T. Habtewold, G. K. Christophides and N. Windbichler, Elife, 2021, 10, e58791.

    [9]  P.-S. Yen, A. James, J.-C. Li, C.-H. Chen and A.-B. Failloux, Commun Biol, 2018, 1, 1–9.

    [10] A. Buchman, S. Gamez, M. Li, I. Antoshechkin, H.-H. Li, H.-W. Wang, C.-H. Chen, M. J. Klein, J.-B. Duchemin, P. N. Paradkar and O. S. Akbari, Proc Natl Acad Sci U S A, 2019, 116, 3656–3661.

  • Conseils aux voyageurs : Situation mondiale liée à la prolifération des moustiques

    SCIENCES

    CONSEILS AUX VOYAGEURS : 

    SITUATION MONDIALE LIÉE A LA PROLIFÉRATION DES MOUSTIQUES

    Près de la moitié de la population mondiale est exposée aux maladies vectorielles transmises par les moustiques. Cette situation est loin de s’améliorer puisque les maladies vectorielles sont en pleine résurgence à cause de nombreux facteurs : la croissance de la population, l’urbanisation rapide et non-planifiée, la mondialisation, les échanges internationaux et l’accès limité aux soins ; tous ces facteurs étant en phase avec le changement climatique.1

    Les maladies vectorielles transmises par les moustiques représentent actuellement 17% des maladies infectieuses, selon l’OMS. Les cinq principales maladies vectorielles sont : le paludisme ou malaria, la dengue, la maladie à virus Zika, la maladie à virus Chikungunya, et la fièvre jaune.

    Figure : Répartition et nombre de cas endémiques et importés des cinq maladies vectorielles transmises à l’homme par les moustiques, de 2017 à 2019 (figure issue de Pathogens, 2020).1  

    Le Paludisme ou Malaria

    Le paludisme est la première maladie parasitaire mondiale avec plus de 80 pays et 3 milliards d’individus exposés. Parmi les 241 millions de cas par an, l’Afrique sub-saharienne compte 85% de cas endémiques et la France a recensé 5500 cas d’importation en 2020. Le paludisme est provoqué par la transmission de parasites Plasmodium, portés par les moustiques infectés, du genre Anopheles.

    La gravité de la maladie dépend de l’espèce de Plasmodium transmise, qui peut être létale dans 0,26% des cas, représentant 627 000 décès par an.

    Les conseils aux voyageurs se rendant dans une zone endémique au paludisme sont d’abord d’éviter les piqûres de moustiques, puis éventuellement de prendre un traitement antipaludique en prophylaxie. Cependant, ce traitement ne peut pas toujours être prescrit et n’est pas une protection absolue. Par exemple, certains cas d’adaptation de Plasmodium ont déjà été observés et n’ont conduit à aucune efficacité du traitement. Depuis 2021, l’OMS recommande un nouveau vaccin, le « RTS,S », qui prévient contre les formes graves de Paludisme, mais uniquement associées au parasite Plasmodium falciparum. Ainsi les traitements et le vaccin ne protégeant pas systématiquement ou pas contre toutes les formes de paludisme, la protection contre les piqûres reste primordiale.1,2

    La Dengue

    La dengue est provoquée par la transmission d’un des quatre sérotypes du virus de la dengue (DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4), portés par les moustiques infectés, du genre Aedes. 3,6 milliards d’individus y sont exposés et plusieurs centaines de millions de cas sont reportés chaque année. Due à la prolifération du moustique tigre, Aedes albopictus, en Europe et en France, le nombre de cas de dengue, endémiques à la France métropolitaine, a été multiplié par dix depuis son apparition en 2010.

    La dengue est une maladie fort invalidante, et qui dans 1% des cas peut évoluer en deux formes sévères : la dengue hémorragique puis la dengue avec syndrome de choc qui est mortelle.

    Les conseils aux voyageurs : il n’existe aucun traitement spécifique à l’heure actuelle. Seul un vaccin, protégeant uniquement les personnes ayant eu une primo-infection, est efficace et est réservé aux populations vivant en zone endémique. Ainsi la meilleure protection reste d’éviter les piqûres de moustique.3

    La Maladie à Virus Zika 

    La maladie à virus Zika (ZIKV) touche principalement l’Amérique latine, avec près de 2 millions de personnes infectées au Brésil en 2015, et le Pacifique. En Martinique, Guyane  et Guadeloupe, le nombre de cas ne cessent d’augmenter.

    Le virus Zika peut être transmis par les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus ainsi que par voie sexuelle et in utero.

    La maladie à virus Zika est souvent bénigne, sauf pour les fœtus qui sont susceptibles à des malformations sévères, conduisant à des retards mentaux irréversibles chez l’enfant. La maladie à virus Zika passe ainsi la plupart du temps inaperçue, ce qui la rend d’autant plus sournoise. En effet, la mère peut la transmettre à son fœtus sans le savoir.  De plus, des personnes infectées peuvent ramener sans en avoir conscience ce virus et en contaminer d’autres. Ce phénomène risque de prendre de l’ampleur en considérant la prolifération d’un vecteur de ce virus, le moustique tigre.

    Les conseils aux voyageurs : malheureusement, aucun vaccin ni traitement n’est connu à ce jour. La seule protection est donc d’éviter tout piqûre de moustiques dans les zones à risque.4,5

    La Maladie à Virus Chikungunya

    La maladie à virus Chikungunya (CHIKV), transmise par les moustiques du genre Aedes, affecte principalement les continents africain et asiatique sur un mode endémo-épidémique, avec près de 2 millions de cas avérés en Inde depuis 2006. Cette maladie a fait son apparition dès 2007 en Europe, où une flambée épidémique est apparue au Nord-Est de l’Italie. Depuis, de nombreux cas ont été détectés dans les départements et territoire français ultra-marins, plus propices au développement d’Aedes aegypti. De plus en plus de cas autochtones sont également recensés chaque année en France métropolitaine, comme par exemple 17 cas autochtones en 2017. Comme pour les autres maladies vectorielles portées par les moustiques Aedes, l’hypothèse d’une dissémination plus large en Europe et en France ne peut plus être exclue en vue de la prolifération de son vecteur, le moustique tigre.

    La maladie à virus Chikunguyna n’est pas une maladie mortelle, mais entraine une fièvre importante avec des douleurs articulaires sévères, qui peuvent devenir chronique dans près de 10% des cas et jusqu’à 3-5 ans après une infection aiguë. Des formes neurologiques graves ont même été constatées lors de l’épidémie de 2005 sur l’Ile de La Réunion.

    Les conseils aux voyageurs : il n’existe cependant aucun traitement spécifique contre la maladie à virus Chikungunya. Un vaccin est actuellement développé à l’Institut Pasteur et en essai clinique d’efficacité de phase III.6

    La Fièvre Jaune

    La fièvre jaune, transmise par un virus porté par les moustiques du genre Aedes et Haemagogus, est présente dans 47 pays et menace 42 autres pays, principalement en Afrique, Amérique du Sud et Amérique Centrale. Elle est parvenue pour la première fois en Asie en 2016 en étant ramenée par des Chinois, travaillant en Angola.

    La fièvre jaune est une maladie dont le taux de mortalité est élevé, de 20 à 60% des cas selon les épidémies.

    Les conseils aux voyageurs : cette maladie devrait peu à peu disparaître puisqu’un vaccin anti-fièvre jaune, parmi les meilleurs vaccins viraux actuels, est produit à l’Institut Pasteur de Dakar et assure une excellente protection à long-terme contre la maladie. La réglementation internationale le rend d’ailleurs obligatoire avant toute entrée en zone endémique.7

    Ainsi quelle que soit la région du monde visitée, la protection contre les piqûres de moustiques est la solution qui reste à privilégier pour limiter le risque d’infection et de transmission des maladies vectorielles. Les mesures générales de prévention pour se protéger des moustiques, conseillées par l’ARS, sont : le port de vêtements amples et imprégnés d’insecticides, l’application de répulsifs cutanés sur les zones non couvertes, la protection du logement à l’aide de diffuseur d’insecticides et l’utilisation de moustiquaires de lit. Enfin, il est conseillé de reporter tout voyage en zone endémique pour les femmes enceintes.8–10

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Références : 

    [1]  H. Dahmana and O. Mediannikov, Pathogens, 2020, 9, 310.

    [2]  Institut Pasteur, Paludisme : informations et traitements, https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/paludisme?&emkfid=EMF-1353983600-k-pasteur%2520paludisme-171015487869-b-s&gclid=CJvSkMil6tMCFea97Qod_UQKQw.

    [3]  Institut Pasteur, Dengue, https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/dengue.

    [4]  A. mondiales Canada, Virus Zika, https://voyage.gc.ca/voyager/sante-securite/conseils-sante-voyageurs/152.

    [5]  Institut Pasteur, Zika, https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/zika.

    [6]  Institut Pasteur, Chikungunya, https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/chikungunya.

    [7]  Institut Pasteur, Fièvre jaune, https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/fievre-jaune.

    [8]  Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Maladies transmises par les moustiques, https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/informations-pratiques/risques/risques-sanitaires/article/maladies-transmises-par-les-moustiques-paludisme-fievre-jaune-chikungunya.

  • Les insecticides biologiques : des bactéries pour lutter contre les moustiques

    SCIENCES

    LES INSECTICIDES BIOLOGIQUES : DES BACTÉRIES POUR LUTTER CONTRE LES MOUSTIQUES

    Face à la progression fulgurante des moustiques au niveau mondial, et notamment du moustique tigre en France, l’usage d’insecticides s’est largement généralisé. Un insecticide, contrairement à un répulsif qui éloigne, est un produit toxique destiné à tuer les moustiques. Les insecticides actuellement sur le marché sont tous composés de molécules chimiques. Bien qu’efficaces à leur début, de nombreuses limites apparaissent aujourd’hui, due en partie aux résistances physiologiques et aux changements de comportement des moustiques, ainsi qu’aux dommages environnementaux qu’ils engendrent. 

    Aujourd’hui deux insecticides font figure d’exception et sont des insecticides biologiques reposant sur l’utilisation de bactéries ou composés d’origine bactérienne :

    les toxines de Bacillus thuringenesis subsp. israelensis (Bti) qui sont hautement toxiques pour les larves de moustiques et entrainent leur mort en quelques jours.

    - les bactéries infectieuses du genre Wolbachia qui peuvent provoquer la stérilité des moustiques et donc éradiquer progressivement une population de moustiques.

    L’avantage principal des insecticides biologiques comparés aux insecticides chimiques est leur spécificité d’action. Ils sont actifs uniquement contre leurs cibles, les moustiques, et ne présenteraient ainsi aucune toxicité pour l’homme et l’environnement.1

    Le Larvicide Bti : toxique pour les larves de moustiques mais pas si inoffensif pour l'environnement

    Bacillus thuringenesis subsp. israelensis a été découverte dans les années 1970. Il s’agit d’une bactérie naturellement présente dans le sol, et capable de produire des spores, qui contiennent quatre toxines hautement toxiques pour certaines espèces d’insectes, comme les larves de moustiques.2

    Après ingestion des spores, les quatre toxines sont modifiées dans l’intestin des larves. Elles s’assemblent alors pour perforer les cellules intestinales, entrainant la paralysie puis la mort des larves de moustiques. Contrairement à d’autres toxines bactériennes du même genre Bacillus, également commercialisées comme larvicides (Btk et Bs), le mécanisme d’action des toxines de Bti est unique* et permettrait d’éviter tout phénomène de résistance ou d’adaptation des larves. Les toxines de Bti ont déjà prouvé leur efficacité lors d’épandages dans des zones aquatiques et sont actuellement utilisées, comme alternative aux insecticides chimiques, pour contrôler les populations de moustiques dans plusieurs pays (Allemagne, Suède, Suisse, Chine et Etats-Unis).3

    Cependant, les coûts de production des larvicides Bti restent élevés et limitent leur application dans les pays en voie de développement. De plus, l’emploi de Bti entraine l’éradication non contrôlée de toutes les espèces de moustiques en tuant leurs larves, ainsi que d’autres diptères. Or les moustiques sont une source de nourriture considérable aux stades larvaire et adulte pour de nombreuses espèces d’oiseaux et de poissons notamment.4,5 Ainsi bien que les toxines de Bti ciblent spécifiquement les moustiques, elles ont un impact négatif indirect sur d’autres espèces non ciblées.  Des chercheurs français ont ainsi montré que l’utilisation du larvicide Bti a bouleversé tout un écosystème en Camargue. La diminution drastique de sa population de moustiques a entrainé une diminution de 33% de la population des hirondelles, d’araignées et de libellules et une augmentation des fourmis volantes de Camargue.6,7

    L'Approche Infectieuse avec Wolbachia : un mauvais insecticide mais qui permettrait de diminuer la transmission de maladies vectorielles.

    Wolbachia est un genre de bactéries, qui peut être naturellement trouvée dans les cellules de l’intestin de nombreux arthropodes, dont les moustiques. Lorsqu’infectée, la femelle moustique transmet la bactérie Wolbachia à sa progéniture. En présence de cette bactérie, les moustiques peuvent avoir une progéniture viable dans seulement 56% des croisements**. Lorsqu’un croisement spécifique est imposé, ce chiffre peut tomber à 0% : un mâle infecté par Wolbachia ne donne aucune descendance avec une femelle non infectée.8

    Wolbachia est un genre de bactéries, qui peut être naturellement trouvée dans les cellules de l’intestin de nombreux arthropodes, dont les moustiques. Lorsqu’infectée, la femelle moustique transmet la bactérie Wolbachia à sa progéniture. En présence de cette bactérie, les moustiques peuvent avoir une progéniture viable dans seulement 56% des croisements**. Lorsqu’un croisement spécifique est imposé, ce chiffre peut tomber à 0% : un mâle infecté par Wolbachia ne donne aucune descendance avec une femelle non infectée.8

    Inspiré par ce phénomène naturel, des chercheurs ont développé une stratégie, appelée Wolbachia IIt, en produisant des moustiques mâles infectés en laboratoire puis en les relâchant dans la nature afin qu’ils ne produisent aucune descendance avec des moustiques femelles sauvages. Cette stratégie a largement été utilisée aux Etats-Unis, en Chine et à Singapour, où elle a d’ailleurs échoué. En effet, des moustiques femelles infectés par Wolbachia ont été accidentellement relâchés, à cause de difficultés sur le tri du sexe des moustiques produits en laboratoire ; ce qui a conduit à la dispersion de la bactérie dans la population de moustiques en annulant l’effet de stérilité et sans diminuer le nombre de moustiques.8

    Cependant, il semblerait que l’approche infectieuse par Wolbachia reste intéressante, non pas en tant qu’insecticide biologique pour éradiquer les moustiques, comme cela a été envisagé pendant de nombreuses années, mais pour diminuer le risque de transmission de maladies vectorielles à l’homme. En effet, les moustiques infectés par Wolbachia transmettent moins d’arbovirus, comme ceux de la Dengue, Zika, et Chikungunya ainsi que de Plasmodiums conduisant au Paludisme, bien que les chercheurs n’en connaissent pas encore les raisons précises.8 Les premiers essais de dispersion de Wolbachia parmi des espèces de moustiques vectorielles de maladies semblent concluants, puisque l’incidence des cas de Dengue ont fortement diminué 5 ans après les premiers relargages d’Aedes aegypti infectés par Wolbachia dans des régions test d’Australie.9

    Cette technologie semble donc prometteuse pour diminuer les risques d’infections dues aux moustiques sans avoir à les éradiquer. Cependant, certaines espèces de moustiques sont plus difficiles à produire que d’autres, et cette technologie n’a pas pu être appliquée à Anopheles gambiae, espèce vectrice du Paludisme. De plus, il existe encore peu de recul sur la stabilité de cette technologie : la bactérie Wolbachia reste-t-elle stable dans les moustiques ? Ne provoque-t-elle pas une évolution différente du moustique infecté ? Qu’en est-il du virus ou parasite porté par le moustique ? Cela peut-il conduire à la création de pathogènes plus virulents ?

    Claire Grison - Ingénieur en Biochimie, Docteur en Chimie Organique et Rédactrice Scientifique

    Notes : 

    * Les toxines Bti sont capables d'interagir directement avec les lipides membranaires des cellules et non via des récepteurs protéiques transmembranaires

    ** Les croisements possibles peuvent être nombreux : femelle non-infectée/mâle infecté, femelle infectée/mâle non-infecté, femelle infectée souche A/mâle infecté souche B, femelle infectée souche B/mâle infecté souche A

    Références : 

    [1] L. Lagadic and T. Caquet, in Encyclopedia of Toxicology (Third Edition), ed. P. Wexler, Academic Press, Oxford, 2014, pp. 355–359.

    [2] Parcours initiatique d’une toxine anti-moustique. | INSB, https://www.insb.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/parcours-initiatique-dune-toxine-anti-moustique.

    [3] N. Becker and P. Lüthy, in Microbial Control of Insect and Mite Pests, ed. L. A. Lacey, Academic Press, 2017, pp. 379–392.

    [4] D. A. H. Peach, The bizarre and ecologically important hidden lives of mosquitoes, http://theconversation.com/the-bizarre-and-ecologically-important-hidden-lives-of-mosquitoes-127599.

    [5] J. Fang, Nature, 2010, 466, 432–434.

    [6] B. Poulin, Acta Oecologica, 2012, 44, 28–32.

    [7] B. Poulin, G. Lefebvre and L. Paz, Journal of Applied Ecology, 2010, 47, 884–889.

    [8] G.-H. Wang, S. Gamez, R. R. Raban, J. M. Marshall, L. Alphey, M. Li, J. L. Rasgon and O. S. Akbari, Nat Commun, 2021, 12, 4388.

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